La réponse courte

Un modèle de notation à l'octroi se construit en six étapes : benchmark des pratiques du marché, ateliers de conception avec les métiers, règles de calcul et échelle de notation, backtesting sur le portefeuille existant, étude d'impacts sur la politique de crédit, puis spécifications pour l'outil. Le modèle n'est utile que s'il est compris et utilisé par ceux qui décident.

À retenir

  • Commencer par un benchmark des modèles utilisés sur le marché.
  • Concevoir les critères en atelier avec les analystes et les commerciaux.
  • Backtester le modèle sur le portefeuille avant toute mise en production.
  • Mesurer l'impact sur les délégations, les tarifs et les volumes.
  • Rédiger des spécifications fonctionnelles assez précises pour paramétrer l'outil.

Pourquoi commencer par un benchmark des modèles du marché ?

Parce qu'il évite de partir d'une page blanche et permet de situer les choix de l'établissement par rapport à ses pairs. Le benchmark porte sur les critères retenus, leur pondération, les échelles de notation et l'usage de la note dans le processus de crédit.

Pour un projet mené au Maroc, nous avons comparé plusieurs modèles utilisés par des banques et des sociétés de financement, sur les segments particuliers, professionnels et entreprises. Ce travail a fait apparaître des pratiques convergentes sur les critères financiers et des écarts importants sur la place donnée aux critères qualitatifs. Ces écarts ont nourri les débats en atelier.

Le benchmark sert aussi à fixer un niveau d'ambition réaliste. Un établissement qui n'a pas d'historique de défaut fiable ne peut pas viser d'emblée un modèle statistique complet.

Comment concevoir le modèle avec les métiers ?

En ateliers, avec les analystes crédit, les commerciaux et la fonction risques autour de la même table. Les critères retenus doivent être observables, renseignés de manière fiable et compris par ceux qui saisissent les dossiers.

Nous animons ces ateliers segment par segment. Pour chaque critère proposé, trois questions sont posées : l'information est-elle disponible au moment de la demande, peut-elle être vérifiée, et a-t-elle un lien démontré ou plausible avec le défaut ? Un critère qui échoue à l'une de ces questions est écarté ou reformulé.

Les règles de calcul suivent : bornes de chaque critère, pondérations, traitement des données manquantes, règles de dérogation. L'échelle de notation est ensuite définie, avec la correspondance entre classes et niveaux de risque.

Comment vérifier que le modèle fonctionne avant de l'utiliser ?

Par un backtesting sur le portefeuille existant. Le modèle est appliqué à des dossiers dont on connaît l'issue, pour vérifier que les notes les plus faibles concentrent bien les défauts.

Nous mesurons le pouvoir discriminant, la répartition des encours par classe et la stabilité de cette répartition dans le temps. Les dossiers mal classés sont revus un par un avec les analystes : ils révèlent souvent un critère mal défini ou une donnée mal saisie, plus qu'une erreur de pondération.

L'étude d'impacts vient ensuite. Elle simule l'effet du modèle sur la production : part des dossiers qui changeraient de niveau de délégation, effet sur les tarifs si la note entre dans la tarification, volumes qui seraient refusés. Ces résultats sont présentés à la direction avant toute décision de mise en production.

Que doit contenir le cahier des spécifications de l'outil ?

Tout ce qu'un éditeur ou une équipe informatique doit savoir pour paramétrer le modèle sans réinterpréter les règles. Les critères, leurs sources, les formules, les bornes, l'échelle, les règles de dérogation, les habilitations et les restitutions attendues.

Nous y ajoutons les cas de test : des dossiers fictifs avec la note attendue, qui serviront à la recette. Ce point est souvent négligé, alors qu'il conditionne la fiabilité de la mise en production.

Lors de l'intégration, notre rôle est d'accompagner ponctuellement les équipes : répondre aux questions de paramétrage, vérifier les résultats de la recette et arbitrer les écarts avec la fonction risques.

Comment faire vivre le modèle après sa mise en place ?

En organisant son suivi dès le départ. Un modèle de notation se dégrade si personne ne vérifie qu'il continue à discriminer les risques.

Le dispositif de suivi comprend un reporting périodique de la répartition des notes et des défauts par classe, le suivi des dérogations, et un backtesting annuel. Les résultats sont présentés en comité des risques, qui décide des recalibrages. Pour les sociétés de financement, dont les portefeuilles évoluent vite avec les campagnes commerciales, ce suivi est d'autant plus utile.

Le taux de dérogation mérite une attention particulière. Lorsque les décideurs contournent régulièrement la note, deux explications sont possibles : le modèle classe mal une partie des dossiers, ou la pression commerciale l'emporte sur la discipline de crédit. Dans les deux cas, le comité des risques doit le savoir. Nous recommandons d'exiger une justification écrite pour chaque dérogation et d'en analyser la sinistralité séparément.

Quelles spécificités pour une société de financement ?

Une société de financement traite des volumes élevés de dossiers de faible montant, souvent avec des délais de réponse courts. Le modèle doit donc être simple à renseigner, largement automatisé et compatible avec une décision rapide, parfois au point de vente.

Les critères diffèrent aussi. Pour le crédit à la consommation, les données de comportement, les incidents de paiement connus et la stabilité professionnelle pèsent davantage que les états financiers. Pour le crédit-bail ou la location longue durée, la nature et la valeur de revente du bien financé entrent dans l'appréciation du risque, au même titre que la solidité du client.

Les partenariats commerciaux ajoutent une contrainte. Lorsque les dossiers proviennent de concessionnaires ou de distributeurs, le modèle doit permettre de suivre la qualité de la production par apporteur. Une dégradation concentrée sur un partenaire est un signal d'alerte qui relève autant du risque de crédit que du risque de fraude.

Enfin, l'historique de défaut s'accumule plus vite que dans une banque, en raison du nombre de dossiers. Une société de financement peut donc passer plus tôt d'un modèle à dire d'experts à un modèle calibré statistiquement, à condition d'avoir organisé la collecte des données dès la mise en place du premier modèle. C'est un point que nous intégrons dans le cahier des spécifications.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un modèle de notation à l'octroi ?

C'est un outil qui attribue à chaque demandeur de crédit une note traduisant son risque de défaut, à partir de critères financiers, qualitatifs et comportementaux. La note sert à décider, à fixer le niveau de délégation, à ajuster le prix et les garanties, et à suivre la qualité de la production. Elle concerne aussi bien les banques que les sociétés de financement.

Faut-il des données historiques pour construire un modèle ?

Des données historiques sont nécessaires pour backtester et calibrer le modèle. Lorsque l'historique est court ou incomplet, on démarre avec un modèle à dire d'experts, structuré en atelier, puis on le recalibre à mesure que les données de défaut s'accumulent. Le backtesting reste indispensable, même sur un échantillon limité.

Qu'est-ce que le backtesting d'un modèle de notation ?

Le backtesting consiste à appliquer le modèle à des dossiers passés dont on connaît le devenir, pour vérifier que les mauvaises notes correspondent bien aux défauts observés. On mesure le pouvoir discriminant du modèle et la stabilité de la répartition des notes. Les écarts conduisent à revoir les critères ou les pondérations.

Combien de classes de notation prévoir ?

Assez pour distinguer les niveaux de risque, pas au point de créer des classes vides. Une échelle de sept à dix classes pour les clients sains, complétée par une ou deux classes de défaut, est courante. Le bon nombre dépend de la taille du portefeuille et de l'usage prévu de la note dans les délégations et la tarification.

Amine L., Associé fondateur, AL Advising

Ingénieur diplômé d'une grande école d'ingénieurs. Plusieurs années d'expérience en conseil et en audit auprès de banques et de sociétés de financement, notamment au sein d'un cabinet du Big Four. Plans stratégiques, ICAAP et PRCI, appétence aux risques, contrôle interne, notation, gouvernance de groupe, au Maroc, en Afrique de l'Ouest et centrale et en Europe.

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